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Et comme toujours chez les artisans de la Médina, l’atmosphère est sereine : ici l’essentiel, c’est le travail bien fait. Et pourtant, malgré la beauté de l’ouvrage et la reconnaissance de tous, les temps sont durs et cet art fait difficilement vivre ces 3 familles. Hadj Abdelkader espère que son fils Ismaël de 19 ans prendra la relève : il semble s’intéresser au travail de son père… Mais l’avenir est incertain : Qu’en sera-t-il demain ? Les métiers vont-ils finir dans un musée ? Est-ce là un savoir-faire de plus qui risque de disparaître…

Dans cet atelier, le temps s’écoule au ralenti. Il se mesure en journée, en semaine voire en mois selon l’importance de l’ouvrage.

Le bois est patiné par les mains des tisserands qui se sont succédés aux commandes et les longues heures de travail mais le métier est resté tel qu’on l’a importé. Seule concession à la modernité, les ficelles qui permettaient de manœuvrer les programmes ont été remplacées par des fils de pêche en nylon (made in China). Dans l’atelier, tout est gris, un peu mélancolique. Mais à y regarder de plus près, les fils qui composent les trames sont dorés, argentés, multicolores. Les bruits doivent être les mêmes qu’au temps de Jacquard : les pédales claquent, les navettes frôlent la trame, les contrepoids qui tendent la toile s’entrechoquent. Un enchaînement de mouvements et de sons qui nous semblent aléatoires à nous, observateurs extérieurs, mais en réalité une partition bien réglée pour obtenir au final de chatoyantes étoffes.

Au mur, des photos montrent Hadj Abdelkader avec des autorités, arborant fièrement le Wissam Alaouite remis par Sa Majesté Mohamed VI. Cette reconnaissance de son statut de dernier tisserand en brocarts lui a fait plaisir. Mais sa vraie satisfaction, ce sont les somptueux coupons de brocarts qu’il sort d’un petit meuble… ce coupon-ci est pour le caftan d’une élégante fassie, celui-là pour recouvrir un salon traditionnel. Hadj Ouazzani ne travaille que sur commande. Il faut dire que ses créations ne sont pas à la portée de toutes les bourses : il faut du temps pour réaliser un tel ouvrage. Pour établir le programme d’un dessin (une toile dense de fils de nylon reliée à la trame qui permet d’orienter le passage de la navette pour créer les motifs) entre 15 jours à un mois sont nécessaires selon sa complexité et le nombre de couleurs utilisées. La composition de la trame du brocart en longs rouleaux multicolores est également la spécialité de Hadj Abdelkader. En ce moment, pour faire un brocart sans raccord apparent, il rallonge une trame : Fil à fil, pendant trois jours (pour une trame d’un mètre de large), il va nouer l’ancienne trame à la nouvelle. De leur côté, Si Abbas Chaaïti et Si Jilali Machkouri qui actionnent le métier, tissent, à eux deux, entre 80 centimètres et un mètre de brocart par journée de travail. Pour un coupon de caftan, 1 semaine est un minimum, pour un beau salon marocain, il faut compter environ 1 à 2 mois de travail.

C’est dans une minuscule échoppe cachée au détour d’une ruelle que subsistent les quatre derniers métiers Jacquard encore en activité à Fès. Ces métiers ont été importés voici plus de cent ans pour tisser les larges ceintures (plus de 30 cm) que les femmes portaient, à l’époque, sur leurs caftans.

 

 

 

 

 

 

 

Un métier Jacquard...

 

 

 

 

 

 

 

Anciens modèles de Ceintures...

 

 

 

 

Hadj Abdelkader...
Anciens modèles de Ceintures...
Brocarts faits par les artisans...
Brocarts faits par les artisans...
Rallonger la trame...